Le Notre Père…suite et fin.

LETTRE DE PONTMAIN n° 10-13

Appel à la Prière du Sonneur de Notre-Dame pour le 17 octobre 2013

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Mais… Mais… ! (2)

 

« Mitte, Domine, mitigationes in cor meum, ut charitate « veritatis non amittam veritatem charitatis :

« Envoyez, Seigneur, envoyez dans mon cœur l’adoucissement « et le tempérament de votre esprit, afin qu’entraîné par « l’amour de la Vérité, je ne perde pas la vérité de l’Amour »

Saint-Augustin (La Cité de Dieu)

 

« La vérité qui n’est pas charitable cesse d’être la vérité. »

Saint-François de Sales

 

 

 

 

Pour ce 17 octobre à Pontmain, 18ème supplique à Dieu pour le retour du roi, continuons la rédaction entreprise le mois dernier sur la traduction du « Notre Père » en français, avec pour ce mois d’octobre la seconde partie et fin de la prière et l’explication du titre de la lettre.

 

Mais avant, je voudrais vous donner quelques informations sur notre Supplique du 17 septembre dernier : Nous étions 27 !

Ce qui fait, depuis janvier 2013, une moyenne de 18 personnes par mois. Notre objectif 2013 de 12 pèlerins mensuels au titre de « Pontmain : Verdun de la prière pour le retour du roi » est atteint pour le moment.

C’est bien !

C’est bien, mais c’est encore trop peu !

Cependant, comme je vous l’avais laissé entendre dans une lettre précédente, je pense qu’il est raisonnable de doubler cet objectif pour 2014 et d’atteindre les 24 ou 25 personnes par mois pour l’année prochaine…

 

Revenons maintenant à la traduction de la seconde partie du Notre Père, et reprenons là où nous nous étions arrêtés :

 

04. Tone artone imone tone epioussione dhos imin simerone ;

Panem nostrum quotidianum da nobis hodie,

Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien (ou de chaque jour),

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,

 

 

 

 

Quotidien ou supersubstantiel ?

 

Il faut s’arrêter un moment sur cette demande qui est un peu plus complexe qu’il n’y paraît.

 

Pour cela, il faut considérer la phrase grecque du Notre Père :

“Tone artone imone tone epioussione dhos imin simerone ;”

 

Et plus particulièrement le mot “epi-oussione”.

Ce mot est en réalité un néologisme grec, c’est-à-dire un mot qui n’existait pas et qui a été fabriqué de toute pièce par le Christ Jésus spécialement pour cette demande du Notre Père, pour signifier un concept nouveau, inconnu jusqu’alors.

En français, ce mot veut dire en littéralement “super-substantiel”!

 

(Yves Daoudal – voir son étude sur le Notre Père en grec) :

http://yvesdaoudal.hautetfort.com/list/conferences/le-notre-pere-en-grec.html

Vraiment…! Consultez cette étude superbe et inédite!

 

Comme le dit Yves Daoudal :

« Il est curieux de constater que le mot épioussione a été traduit par quotidianum dans l’évangile de « saint Luc, et par supersubstantialem dans l’évangile de saint Matthieu. Et que saint Jérôme, qui a « revu les traductions, a laissé cette double traduction, qui a permis d’avoir le Pater tel que nous le « connaissons en latin (et en français), tout en conservant le mystère du mot originel pour celui qui « veut aller voir plus loin.

« Il se trouve que le mot épioussione n’existe pas dans la langue grecque. Il ne se trouve que dans le « Pater.

« […]

« Les exégètes ont tenté de le tordre dans tous les sens pour essayer de lui donner une signification « qui ressemble plus ou moins à quotidien. La plus courante est de dire : en fait, c’est « épi tine « oussane », sous-tendu « simerane », ce qui veut dire : pour le présent jour (jour étant sous-« entendu). Non seulement c’est bancal, mais aucun manuscrit ne l’atteste. Au contraire, tous les « manuscrits, les centaines de manuscrits de Matthieu et de Luc, portent tous épioussione.

« Alors qu’il suffit de prendre le mot tel qu’il est. Et si Jésus a inventé ce mot, c’est parce qu’il « désignait une réalité radicalement nouvelle. »

 

Autrement dit, ce pain dont il est question dans la prière est le Pain du Ciel.

 

Cela est si vrai que, pour citer de nouveau Yves Daoudal :

« Ce simple mot, ce mot étrange d’épioussione, indique clairement, au cœur du Pater, la foi en « l’eucharistie, en la transsubstantiation.

« Et c’est pourquoi on dit le Pater après la consécration : Dieu nous donne le pain supersubstantiel de « ce jour.

« Et c’est pourquoi saint Grégoire le Grand considérait que le Pater était la conclusion du Canon, et « devait donc être dit par le prêtre seul (disposition qui se retrouve jusque dans le missel de 1962).

 

 

En français, nous avons un adjectif à la fois précis et concis pour dire « de chaque jour » ou « de ce jour ». C’est « quotidien ». Il était déjà employé dans le Notre Père, dans sa version un peu plus ancienne que celle d’avant 1966… Employons-le !

Il allège la phrase et nous permet d’employer les deux mots qualifiant les deux concepts à la fois comme saint Jérôme le reconnaît dans sa traduction.

 

Nous dirons donc : « Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien et supersubstantiel ; »

 

 

Considérons la demande suivante.

 

05. Kai aphès imíne ta ophilimata imóne,

Et dimitte nobis debita nostra,

Pardonnez-nous nos offenses,

Pardonne-nous nos offenses,

 

Os kai imís aphíémène tis ophilétais imóne ;

Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris ;

Comme nos pardonnons à ceux qui nous ont offensés ;

Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ;

 

Aussi ou nous-aussi ?

 

Cette demande, dans la nouvelle traduction de 1966, comporte une superbe faute de français qui n’existait pas dans la traduction d’avant 1966. Cette faute de français est la suivante :

« Comme nous pardonnons aussi ».

Soit il y a une coquille d’imprimerie, ce qui me semble peu probable car elle aurait fait l’objet d’une correction rapide, soit les traducteurs et les correcteurs de l’époque ont été négligents voire totalement ignorants des règle de la langue française, ou du moins de cette règle-là.

 

Ils auraient dû écrire :

« Comme nous pardonnons NOUS-AUSSI ».

 

Pour le prouver, une tournure analogue peut être utilisée. C’est la suivante :

« Comme nous pardonnons NOUS-MÊMES ».

La tournure et le sens de la phrase sont équivalents à ceux de la phrase précédente, mais il devient évident alors, que l’on ne peut se passer du deuxième « nous » de nous-mêmes sans lequel la phrase devient bancale avec, de plus, une faute d’orthographe notoire (le s de mêmes). Enfin, si on supprime ce « s de mêmes » pour corriger cette faute, alors il en résulte un contre-sens flagrant : « comme nous pardonnons même à ceux qui nous ont offensé »… C’est bien là le moindre des pardons !

 

Pour terminer, et au sujet du sens de cette demande, il va de soi que ce « nous-aussi » ou « ce nous-mêmes » est redondant et inutile. Il appesantit la phrase sans apporter aucune information nouvelle ou importante qu’on ne sache déjà.

Il faut bien comprendre qu’au début de la 2ème phrase, le « Comme » n’est pas une conjonction de temps ayant le sens de « alors que », mais une conjonction de comparaison et je dirais même « d’identité » ayant le sens de « avec la même mesure » que nous utilisons pour pardonner.

 

 

Ainsi, nous demandons au Père de nous pardonner avec la mesure que nous utilisons pour pardonner aux autres… À nous d’être attentifs à pardonner 77 fois 7 fois !

 

Et je dirais que pour exprimer parfaitement cette comparaison dans la prière, le rythme de la phrase est ici primordial. Il faut donc supprimer la virgule entre les deux parties de la demande et les dire d’un seul tenant sans marquer d’arrêt.

 

Nous dirons donc : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; »

 

Poursuivons !

 

Nous arrivons au morceau de choix :

 

06. Kai mi issénènguis imás is pirasmóne,

Et ne nos inducas in tentationem,

Et ne nous laissez pas succomber à la tentation,

Et ne nous soumets pas à la tentation,

 

Je dis que c’est le morceau de choix, parce que c’est celui qui a toujours fait polémique, parce que, c’est le scandale de la traduction de 1966 et celui de l’attitude de TOUT l’Épiscopat français, enfin parce que c’est le blasphème notoire sinon un péché contre l’Esprit.

 

Depuis bientôt 50 ans, les évêques catholiques français ont osé laisser leurs prêtres et leurs brebis, que dis-je, ont osé eux-mêmes s’adresser au Père en le traitant de « Tentateur », ni plus, ni moins !

Depuis bientôt 50 ans, aucun évêque catholique français n’a tenté de s’imposer, même dans leur diocèse, pour redresser la barre en dépit des requêtes pressantes de certains de leurs fidèles clairvoyants !

Depuis bientôt 50 ans, nos évêques catholiques français ont préféré le ronron démocratique de la Commission des Évêques de France à l’honneur de Dieu !

 

Aucun n’a contesté publiquement et officiellement le contresens blasphématoire de la traduction de 1966 du « Et NE NOS INDUCAS in tentationem ».

Aucun n’a viré séance tenante, pour incompétence notoire, sinon pour trahison, les membres catholiques de la commission mixte (catholiques, orthodoxes, protestants) de l’époque.

Aucun n’a proclamé La Vérité à temps et à contretemps.

Et vive la collégialité… de la tiédeur et de la couardise !

 

Tout cela pour plaire aux non-catholiques et aux protestants en particulier !

Qu’y pouvons-nous si les protestants font des fautes de français, de sémantique, et des erreurs en théologie, sinon les corriger ? Devons-nous faire ces erreurs parce qu’ils sont protestants ?

 

Honte à eux !

Honte à eux les faussaires et leurs complices !

 

 

Soumettre, conduire dans… ou ne pas laisser succomber ?

 

Oui, faussaires ils ont été ! Oui complices ils le sont !

La meilleure preuve est la traduction du « et ne nos inducas ».

Jamais « inducere » n’a voulu dire soumettre.

La traduction français-latin de soumettre est : subigere (ou subdere chez Cicéron).

Voilà la fraude !

 

Quant à « inducere », il peut se traduire de deux façons selon le contexte :

. Soit avec la forme active du verbe c’est-à-dire « Et ne nous conduisez-pas dans… »,

. Soit par la forme causative du verbe, avec l’utilisation de l’auxiliaire laisser ou faire, c’est-à-dire « Et ne nous laissez pas conduire dans… », ou sa variante de la combinaison causative passive du verbe. Dans ce cas, la chose importante est l’ordre de conjugaison. Le verbe est d’abord conjugué au causatif puis au passif, jamais d’une autre façon. Cela donne « Et ne nous laissez pas être conduit dans… ». ».
Donc, en définitive « Et ne nous laissez pas entrer dans… » !

 

Cette traduction est d’autant meilleure qu’elle colle mieux à la recommandation de Jésus à ses apôtres le soir du Jeudi Saint au Jardin des Oliviers : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation, car l’Esprit est ardent mais la chair est faible ! ».

Oui, le Christ Jésus nous donne le remède pour non seulement ne pas succomber à la tentation, donc pour ne pas pécher, mais pour ne pas même y entrer… pour ne même pas s’y laisser conduire… C’est le stade encore précédent.

Et ce remède utilise deux moyens : la veille et la prière. Toutes deux, deux facultés de l’ardeur de l’esprit ! La veille, permettant de rester sur ses gardes pour repérer les nombreuses tentations et les éviter ; la prière, pour demander et recevoir l’aide divine pour rester en veille.

 

Si la traduction d’après 1966 « Et ne nous soumets pas à la tentation » est un blasphème éhonté, il devient clair aussi que la traduction d’avant 1966 « Et ne nous laissez pas succomber à la tentation » était imparfaite puisque n’allant pas jusqu’au bout de la recommandation, parfaite elle, de Notre Seigneur Jésus Christ.

Nous dirons donc : « Et ne nous laissez pas entrer en tentation, »

 

 

07. Allá rhissai imas apo tou ponirou.

Sed libera nos a malo,

Mais délivrez-nous du Malin,

Mais délivre-nous du Mal,

 

Mal ou Malin ?

 

Nous voilà donc revenu à l’intitulé de notre Lettre Pèlerine : MAIS… MAIS !

Comme dans le message de Pontmain, le MAIS de la seconde proposition de la fin du Notre Père « Mais délivrez nous du Mal » relie celle-ci directement avec la première, bien explicite « Et ne nous laissez pas entrer en tentation ».

(Dans le message de Pontmain je rappelle que la première proposition est sous-entendue – Voir le livret : À Pontmain… Supplique à Dieu pour le retour du roi sur le blog :

www.pontmain-pourleretourduroi.com).

 

Ce MAIS est là-encore très important. C’est ce mot qui implicitement sauve l’honneur du Père. Non seulement ce MAIS relie, mais il désigne, dans la seconde proposition, un autre être que le Père parce que ce MAIS est une conjonction de coordination marquant l’opposition : opposition entre les deux propositions comme opposition entre ces deux êtres. D’un côté le Père, Celui qui ne laisse pas entrer en tentation si on le Lui demande ; de l’autre côté le vrai Tentateur, le Malin, qui nous fait entrer en tentation si on ne veille ni ne prie.

 

Mais alors la traduction de « malo » par « Mal » est édulcorée ; elle est floue et inappropriée car elle ne montre pas la relation directe, de cause à effet, entre tentation et tentateur.

 

Nous dirons donc : « Mais délivrez-nous du Malin. »

 

Alors pour résumer, voici la traduction que TOUS les chrétiens français devraient utiliser pour dire le Notre Père :

Notre Père, Qui êtes aux Cieux :

. Que Votre Nom soit sanctifié,

. Que Votre Règne arrive,

. Que Votre Volonté soit faite,

Sur la Terre comme au Ciel.

Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien et supersubstantiel ;

Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous laissez pas entrer en tentation,

Mais délivrez-nous du Malin.

Ainsi soit-il !

 

Et, pour conclure ma lettre, je ne peux m’empêcher de vous remettre d’un seul tenant la version grecque du Notre Père, à la fois beauté des mots et des sons :

Pater imóne o en dis ouranís,

Hayiasthíto to onomá sou,

Eltheto i vassilía sou,

Yenithito to thélimá sou,

Os èn ourano kai epí tis yis ;

Tone artone imone tone epioussione dhos imin simerone ;

Kai aphès imíne ta ophilimata imóne,

Os kai imís aphíémène tis ophilétais imóne ;

Kai mi issénènguis imás is pirasmóne,

Allá rhissai imas apo tou ponirou.

Amen.

 

 

 

Chouandecoeur

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